De l'importance de l'orthographe et de la complexité pour les étrangers de bien nous comprendre. Mais je suppose qu'il doit en être de même dans les autres
langues. Quel étrange mot la langue .... Sans la bouche et les lèvres, pourrait-elle dire les mots ?
*
....... Un ver de terre vert marche avec ses pantoufles de vair pour aller boire un verre. Il fait des vers, c'est un poète, peut-être
un trouvère.
Les poules du couvent couvent... pas de risque qu'elles dévorent le tendre asticot.
Ma tante attend Satan dans sa tente. Est-ce que cela la tente ? C'est l'attente.
Sur la route il y a un trou noir, c'est troublant mais ce trou bleu n’est qu'un trouble.
Les soldats du roi chassaient le trouvère, ils le trouvèrent. Ils lui demandèrent de faire de la prose.
Pendant ce temps au château, Rose, dose, cause, pose dans un plat creux, des pois, du son et des poissons.
Les servantes montent en bas, redescendent en eau et en haut tout est sans dessus dessous. Elles remettent leurs tuniques, ce qui est unique. Elles remontent leurs bas,
baissent leur haut. Quel méli-mélo de mots...
.... Au château, Rose s'affaire toujours : elle arrose les roses roses et rouges et noires.
En cuisine les marmitons marmitonnent des petits plats... dans des marmites qui pèsent des tonnes.
Il y en a un qui louche, c'est louche ! Il goutte à la louche dans une soupière une soupe qu'il fit hier avec des herbes trouvées sous une pierre. Les pommes et les choux pomme se
paument au milieu de cette salade.
Le pâtissier pâtisse, il ne tisse pas, des fils de caramel qui filent comme des fils, fils qui relient un père à son fils. Le fils du fils, grand-père.... File petit filou
mais attention, tu files où ?
Le château s'endort dans des draperies de sang ,d'or, le chevalier d'or dort. Dans l'écurie son cheval y est, il
rêve d’une brève trêve.
Les servantes, celles qui servent, celles qui se vantent, celles qui s'éventent, sont assoupies. Une plus vieille veille encore au coin du feu, feu son amant, et à peine pleure sa peine de
peur d'éteindre le feu.
Le château s'endort, le chat tôt levé s'endort aussi. Le petit ver a bu sa verveine, quelle veine ! Vaine
résolution de ne plus boire de vin, mais il n'est pas devin, il a le coeur à l'envers.
Il écrira toujours des vers, le petit ver vert. Ce n'est pas un trouvère, c'est un poète presque à la Prévert ; mais de ce grand nom je ne me prévaudrai pas ; si ce n'est
que de garder cette histoire dans un pré vert au pied d'un château même pas fort où la nuit venue il se raconte d'étranges histoires de mots...
..... La nuit installée, le château dort. Le chevalier, endormi au milieu des pages, des pages lues par les
pages, dans la forêt un chat huant hue. Dans la salle du trône, les souris sourient, le chat est endormi. Le calme règne, les araignées tissent les toiles, l'étoile brille dans le
ciel.
Le petit ver vert a regagné sa pomme verte pour passer inaperçu. Pour assortir les couleurs je crois : une pomme rouge aurait bien vite fait d'être croquée. Croqué en
pleine nuit, le pauvre poète n’aimerait pas cela ; il préfère rester dans son trou vert.
Le chat ne le dérangerait pas, la chouette ne le verrait pas, l'araignée ne lui veut pas de mal. Et là dans le noir le petit ver vert soudain luit !! Une petite lumière dans une pomme
verte cela devrait suffire pour effrayer les gourmands. Et là, le petit ver vert luit, lui il luit !!! Au soleil il ne s'en était pas aperçu mais là dans la nuit, dans l’ennuie, il luit....
Toutefois, il ne pouvait s'empêcher de penser à la servante qui tôt le matin viendrait préparer le déjeuner de ses maîtres. Il l'avait déjà observée croquant à pleine dent
dans une pomme, ou une abricot ou autre fruit selon saison. Ma foi, finir entre ses dents, être croqué de bon matin, une belle mort pour un poète, et il se prit à rêver....
De la pomme à la dent, la pomme d'Adam, donnée par Eve, croqué par la dent d'Eve quel attrait... Quel honneur !
C'est lui qui était là au début de l'humanité. Ce n'etait pas le serpent c'était lui, le petit ver vert, celui qui luit, il était là dans la pomme verte et c'est lui, celui qui
luit, qui donna l'idée à Eve de croquer.
Déjà elle voulait remercier Adam de ce beau cadeau croyant à une émeraude cachée dans un bel écrin en forme de pomme mais à quoi bon le remercier ? Elle était la seule à qui il puisse faire
ce cadeau....
Et Eve croqua, dans le secret espoir de ne pas avaler ce joyau.
Hélas, elle le fit et depuis ce temps-là, dans le coeur des dames, il luit un petit ver vert, comme une émeraude, un trésor caché qui brille certains soirs pour appeler au secours :
« Délivre moi, j'ai encore des vers à écrire, je ne suis qu'un petit ver qui écrit des vers. Oui je brille, mais ce n'est pas par orgueil, c'est juste que je suis né comme cela. »
Que fit le ver vert une fois qu’Eve l’eut avalé ? Il ne fut pas libéré de suite, cela aurait été trop beau et je n’aurais pas pu
continuer son histoire.
Et bien oui, il fut avalé et grand bien lui prit. Il y eut une grande colère au paradis, et un monsieur pas content chassa Eve de son
jardin… Une querelle de voisinage ? Aurait-elle dérobé la pomme à un voisin grincheux ? Ben non ! En plus, il n’y avait pas de voisin ; juste elle et son compagnon,
quelques animaux, des arbres et des oiseaux. Sûrement des poissons aussi… Mais je ne suis pas allé voir au fond de l’eau.
Le propriétaire de la pomme, celui qui soit disant l’avait inventée et bien il n’était pas content :
- "Une pomme ce n’est pas fait pour être croquée, éventuellement pour abriter un petit ver vert, mais pas à croquer ; de
toutes façons, pas la peine de discuter ; J’avais interdit … j’ai décidé comme cela et puisque on ne m’écoute pas je vais vous punir !" Na ! dit l’enfant boudeur !
Et bien se dit le petit ver vert, j’aurais mieux fait de rester au château, c’était bien plus gai. Mais il était là, bien au chaud dans le ventre d’Eve. Il eut juste le
temps d’entendre :
- " … Je te chasse du paradis … Tu enfanteras dans la douleur …. Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front …".
Cela voulait dire quoi ? Il ne comprenait pas.
- Je ne pourrai manger que l’été, quand il fera bien chaud et que je transpirerai….
Espérons que les hivers ne seront pas trop frais ou alors je ferai du sport, je me fatiguerai à courir pour bien transpirer comme cela j’aurais mon pain. Mais je ne mange pas de
pain, alors il me restera toujours des pommes.
- Mettre au monde dans la douleur ? mais quel sadique celui
là ! C’est lui le chef en plus ? Son monde ne va pas être bien beau si il commence comme cela….
Mais tout cela n’est qu’un rêve, cela n’arrivera jamais …
Toujours est-il que lui aussi fut chassé du paradis.
Le ver vert dort dans sa pomme, loin de l’agitation et des discours. Il rêve encore. Le château va se réveiller. La servante va
arriver, non il n’a pas peur d’être croqué, elle ne s’appelle pas Eve, elle s’appelle.
- Je ne connais même pas son nom pensa-t-il dans son for intérieur ;
Il se sentait fort à l’intérieur de sa pomme verte, à l’intérieur du château fort ; moins brillant toutefois, moins brillant à l’intérieur de soi. Serait-il devenu ver à soie ? Ver à
soi ? Mais à qui d’autre aurait-il pu appartenir ?
Un ver à moi ? À toi ? Un ver à lui… peut être bien c’est ce que l’on dira de lui quand il ne brillera plus : Le ver à lui, oui le
ver a luit. Mais nous n’en sommes pas encore là. Le ver vert luit encore dans un peu de nuit au fond d’un puit creusé dans une pomme, un petit trou bien à lui,un petit chez soi doux comme de la
soie.
Le château s’éveille, les servantes les premières ; elles descendent à petits pas, pas à pas, de sous les combles, un comble. A demi vêtues, cachent leurs
appâts, à demi éveillées, à demi amies, deux par deux.
La plus vieille, celle qui veillait, retourne à son feu, s’essouffle, souffle, attise, il faut du feu, elle le ranime. Le rat « Nym » sort de son trou en quête de miettes avant le
balayage, les souris ne sourient plus ; le chat se lève tôt. Le chat du château tôt levé en quête d’aventure ou de souris.
Sur la table la pomme verte a perdu de son éclat, posée là au milieu des autres, au milieu des poires, des raisins, des fragments de pain, à coté des plats plats et des plats
creux, des poêles et des poils de chat ou de gibiers, des bols et des verres. Des verres blancs avec des fonds de vin rouge, des verres rouges avec des fonds de vin blanc, des verres verts
de verveine, des verres bleus, bleus comme des yeux de verre, des verres noirs et des transparents.
Des chaises renversées autour de la table, rangs versés des rangs d’oignons, des restes du repas, après lequel les corps repus ont gagné le repos.
Rose aura bien du travail aujourd’hui, comme chaque jour, le jour d’Hui, sûrement du vieux français, du temps jadis, du temps des chevaliers. Bien du travail à ranger, à ordonner, ordonner,
donner les ordres, pour ranger ce désordre.
Cinq heures zéro cinq, le coq chante, réveille les poules du couvent ; Il réveille le château, il réveille le soleil et le soleil se
lève ; le ver vert va bientôt s’éteindre, il ne luira plus, le ver a lui, mais il vit encore dans une pomme verte et il va trouver à s’occuper. Déjà il craint la morsure des belles dents de
la servante, ce serait la mort sûre, mais non il avait raison : elle ne croque pas la pomme, elle aussi elle a du rêver à Eve! ...Elle se verse un verre de lait… C’est beau le lait, blanc,
dans un verre transparent, bien plus beau que ce bolet où il avait failli élire domicile ; Un bolet de Satan sûrement bien laid celui-la, pour sûr il n’aurait pas brillé longtemps ! Les
pommes vertes sont bien plus attrayantes. Un petit habit d’académicien, non pas de martien, une petite maison verte comme lui, lui qui aime les vers, et cela rime avec son nom.
Dans son demi réveil, dans son demi éveil, il n’est pas trop poète notre petit ver vert, à croire que la nuit l’inspire d’avantage…
Mais elle reviendra la nuit où il luit, dans pas longtemps, il va recharger au soleil sa petite lumière ; en fait il se dit : «Je
suis le soleil de la nuit, ce que je prend, je le rend, la nuit tout le monde a besoin d’une petite lueur, les étoiles brillent mais elles sont loin. Moi je suis là, tout près, perdu dans un pré,
si près que je risque de me faire croquer. »
..... à suivre .....